3èmes Rencontres de Roscoff
3èmes Rencontres de Roscoff
12-13 octobre 2026
Station biologique de Roscoff — Sorbonne Université / CNRS
Histoire et philosophie des mathématiques
Grandeurs et misères d’un dialogue complexe
Colloque organisé par
Laurent Mazliak — Laboratoire de Probabilités, Statistique et Modélisation (LPSM)
Frédéric Jaëck — Centre Gilles-Gaston Granger (UMR 7304)
Avec la participation de :
Sandra Bella
Marie Bossaert
Jimmy Degroote
Antonin Durand
Caroline Ehrhardt
Valeria Giardino
Thierry Lévy
Baptiste Mélès
Wilma Pilati
Rossana Tazzioli
Les Rencontres de Roscoff consacrées à l’histoire et à la philosophie des mathématiques connaîtront en octobre 2026 leur troisième édition, après celles de 2022 et 2024. Elles réuniront pendant deux jours un groupe restreint de chercheuses et chercheurs à la Station biologique de Roscoff. Inspirées dans leur principe par les Rencontres de Cerisy, elles visent à créer un espace de discussion collective suffisamment long et libre pour permettre d’aborder des questions de fond, sans succession d’exposés préparés ni programme trop contraint. L’objectif est de faire de ces deux journées un véritable temps de travail commun, favorisé par le cadre et l’isolement relatif de la Station.
La rencontre de 2026 portera sur les relations complexes entre histoire et philosophie des mathématiques. Le regard historique et le regard philosophique sur l’activité mathématique apparaissent à la fois complémentaires et concurrents ; leur voisinage peut même donner lieu à des tensions méthodologiques ou disciplinaires. Pourtant, les questions qu’ils rencontrent se recouvrent constamment : formation et transformation des concepts, évolution des pratiques, statut des objets mathématiques, modalités de preuve, normes de rationalité, rapports entre contexte et contenu, continuités et ruptures dans le développement des mathématiques.
Une distinction apparemment simple consiste à attribuer à l’histoire des sciences l’étude de l’évolution des connaissances, des institutions et des pratiques, et à la philosophie des sciences l’analyse de leurs fondements, de leur signification et de leur validité. Mais cette séparation devient rapidement difficile à maintenir dès que l’on entre dans le détail du travail scientifique. Expliquer historiquement l’évolution d’un concept mathématique suppose souvent de comprendre ce qui, dans ce concept, rend possibles certains usages, certaines preuves ou certaines transformations. Réciproquement, réfléchir philosophiquement à la signification d’une notion mathématique exige fréquemment de prendre en compte les déplacements qu’elle a connus au cours de son histoire.
La question se pose alors de savoir jusqu’où les deux démarches peuvent et doivent se rencontrer. Que signifie, pour l’historien ou l’historienne, restituer la rationalité propre d’une pratique mathématique passée ? Jusqu’où une analyse philosophique peut-elle rapprocher des constructions éloignées dans le temps, mettre en évidence des continuités conceptuelles ou proposer un regard synoptique que les acteurs eux-mêmes ne pouvaient évidemment pas avoir ? À l’inverse, comment éviter qu’une analyse philosophique ne détache les objets de leurs conditions historiques de production, ou qu’une exigence de contextualisation historique ne rende impossible toute comparaison transversale entre des pratiques et des concepts ?
Ces difficultés ont parfois donné lieu à de véritables points de crispation. L’histoire des mathématiques peut être soupçonnée, du côté philosophique, de privilégier les contextes sociaux, institutionnels ou culturels au détriment de la réalité propre du travail mathématique. La philosophie des mathématiques peut inversement apparaître, du côté historique, comme imposant aux matériaux du passé des catégories ou des continuités reconstruites a posteriori. Ces critiques touchent à des questions méthodologiques réelles. Elles peuvent cependant aussi masquer la fécondité de démarches qui ne poursuivent ni les mêmes objectifs ni les mêmes échelles d’analyse, mais travaillent souvent sur les mêmes objets.
Les deux journées de Roscoff auront précisément pour objectif d’examiner collectivement ces lignes de partage. Où se situent aujourd’hui les différences de méthode et d’objet entre histoire et philosophie des mathématiques ? Qu’attend chacune des deux disciplines de l’autre ? Quels types de résultats peuvent-elles construire ensemble ? Certaines oppositions traditionnelles correspondent-elles encore aux pratiques actuelles de recherche ? À quelles conditions peut-on articuler analyse historique, compréhension mathématique et interrogation philosophique sans réduire l’une de ces dimensions à une autre ?
Comme lors des rencontres précédentes, il s’agira avant tout d’ouvrir un espace de discussion à bâtons rompus, permettant de confronter des expériences et des manières de travailler différentes. L’enjeu est de mieux comprendre les complémentarités, les désaccords et les frontières entre histoire et philosophie des mathématiques, mais aussi d’identifier les formes de coopération susceptibles d’enrichir notre compréhension de l’activité mathématique.
