Michael Koslowski : Psychédéliques, neurosciences et phénoménologie. Enjeux épistémologiques d’un nouveau paradigme psychiatrique

Dans le cadre des « Grandes Conférences du CGGG » nous accueillons Michael Koslowski, Psychiatre et Chercheur, CHU Psychiatrie Sainte Marguerite,  APHM. 

Ce séminaire, ouvert à tous et toutes, est proposé par le Master d'épistémologie et histoire des sciences localisé sur le Campus Saint Charles. 

Titre : Psychédéliques, neurosciences et phénoménologie : enjeux épistémologiques d’un nouveau paradigme psychiatrique

Résumé : L’essor contemporain des psychédéliques en psychiatrie constitue un objet particulièrement fécond pour l’épistémologie des sciences du psychisme. Ces substances ont d’abord été réintroduites dans le champ médical à partir d’un cadre principalement neurobiologique et pharmacologique : action sur les récepteurs sérotoninergiques, plasticité cérébrale, dynamique des réseaux cérébraux ou modèles de traitement prédictif de l’information. Pourtant, leur usage expérimental et clinique oblige à prendre au sérieux une dimension que la pharmacologie tend habituellement à reléguer au second plan : la phénoménologie de l’expérience psychédélique, c’est-à-dire la manière dont se modifient le sentiment de soi, le rapport au corps, au temps, aux autres et au monde.

Cette situation rapproche de manière inhabituelle deux traditions souvent maintenues à distance : d’un côté les neurosciences contemporaines et leurs modèles mécanistiques du cerveau ; de l’autre les approches phénoménologiques centrées sur l’expérience vécue et les structures subjectives de la conscience. Les psychédéliques rendent ainsi plus visible une difficulté ancienne de la psychiatrie : articuler les niveaux neurobiologique, phénoménologique et clinique sans pouvoir les réduire entièrement les uns aux autres. Dans le contexte de la souffrance psychique, cette dimension phénoménologique engage également des questions relationnelles, psychothérapeutiques et éthiques, notamment autour du cadre de soin, de la sécurité du patient et du sens attribué à l’expérience.

Nous aborderons d’abord la manière dont les psychédéliques ont été intégrés dans certains modèles récents des neurosciences de la conscience et des troubles psychiques, notamment le modèle du cerveau entropique, l’approche REBUS et les théories du predictive processing. Nous examinerons ensuite comment les notions d’ego dissolution, de modification du sentiment de soi et d’altération des structures de l’expérience viennent interroger les cadres explicatifs strictement neurobiologiques. Enfin, nous discuterons en quoi ces tensions ne sont pas propres à la psychiatrie contemporaine, mais renvoient à des interrogations plus anciennes concernant les rapports entre cerveau, esprit, subjectivité et objectivation scientifique.